Le syndrome de l'intestin irritable, SII, est une maladie extrêmement handicapante

Le Syndrome de l’Intestin Irritable (SII), anciennement dénommé colopathie fonctionnelle, est le plus fréquent des troubles fonctionnels gastro-intestinaux. S’il n’engage pas le pronostic vital, le SII altère significativement et de façon chronique la qualité de vie des patients qui en souffrent.

Souvent évoqué, mais rarement détaillé, une mise au point est de mise.

 

Qu’est-ce que le SII ?

Les données les plus récentes estiment que la prévalence en France se situe à 4,7% affectant ainsi 9 millions de personnes dont trois femmes pour un homme (1) et se déclare plus fréquemment entre 30 et 50 ans. Le SII représente ainsi 10 à 15 % des motifs de consultation chez le médecin généraliste.

Ce syndrome associe différents symptômes présents au moins 3 jours par mois au cours des 3 derniers mois comprenant des crises douloureuses intenses entrecoupées d’accalmies relatives.

Le syndrome de l'intestin irritable n'est pas vital mais très handicapant

Schéma : Sandra Gamage

 

Diagnostic et Physiopathologie du SII

Le diagnostic du SII est un diagnostic d’élimination c’est-à-dire que les pathologies organiques doivent être écartées par le médecin dans un premier temps (2) avec une absence de signes généraux (fièvre, amaigrissement..) ainsi qu’une absence de lésions organique digestives histologiques ou macroscopiques (sang dans les selles, selles glairo-sanglantes..).

Le SII peut toucher à des degrés divers tout le tube digestif de l’œsophage au rectum.

Le chemin de la douleur dans le cas d'un syndrome de l'intestin irritableIl est intéressant de remarquer qu’au cours des trois dernières décennies, la conception physiopathologique a profondément évolué. D’un trouble essentiellement moteur et limité au tube digestif, le SII est devenu une maladie multifactorielle neuro-gastroentérologique. C’est-à-dire qu’en plus de s’intéresser au tube digestif les chercheurs se focalisent de plus sur le rôle majeur des neurones du système nerveux autonome censé réguler une bonne fonction digestive de façon bidirectionnel.

Les causes de cette maladie restent encore mal identifiées néanmoins plusieurs facteurs sont invoqués pour expliquer son origine (3)

  • Des troubles de la motricité digestive de type spasmodique (contractions désynchronisées des muscles lisses du tube digestif)
  • Une hypersensibilité viscérale (les patients ressentent comme douloureux une stimulation normalement non douloureuse telle que la palpation de l’abdomen)
  • Des facteurs « d’intolérance alimentaire » dans la mesure où certaines personnes voient leurs symptômes s’aggraver à l’ingestion de certains groupes d’aliments comme le lait, le chocolat, l’alcool, le gluten, le sucre…Mais cela reste spécifique à chaque patient
  • Des antécédents d’infections intestinales qui peuvent multiplier par six le risque de développer un syndrome de l’intestin irritable (4)
  • Des facteurs psychologiques perçus comme des causes et des conséquences. Une association entre anxiété, dépression et SII a été démontrée par plusieurs études (5)
  • Un dérèglement de l’axe Cerveau-Intestin (6) Dans la plupart des cas, les symptômes ressentis par le malade empirent lors de moments de stress. En effet, l’état psychologique peut affecter la motilité intestinale. Les chercheurs parlent d’un « axe cerveau intestin ». Cet impact de l’esprit sur le corps affecterait le fonctionnement intestinal de la même manière qu’une émotion forte peut accélérer les battements du cœur.
Reconnue une maladie multifactorielle neuro-gastroentérologique, le SII résulte d'un dérèglement cerveau-intestin

 

Traitements médicamenteux du SII

Le traitement médical conventionnel consiste à rassurer le patient sur la bénignité de ses troubles, de discuter des facteurs de stress dans le but de les résoudre, de viser à diminuer les comportements d’évitement et de prescrire des médicaments pour réduire les symptômes. Etant donné qu’il n’existe pas de consensus sur les causes du SII les traitements médicamenteux sont symptomatiques et non curatifs.

En raison de la nature hétérogène des symptômes plusieurs médicaments peuvent être prescrits (antispasmodiques, laxatifs, anti-diarrhéiques, antidépresseurs à faible dose…). Cependant cette thérapeutique classique n’a pas d’efficacité avérée dans la recherche scientifique (7), et peut dans certains cas provoquer des effets secondaires. Cela amène les patients à s’intéresser de plus en plus aux thérapeutiques non médicamenteuses alternatives.

 

Traitements alternatifs du syndrome de l’intestin irritable

Ces traitements alternatifs regroupent les traitements ne faisant pas parti de la médecine allopathique.

Il en existe divers tels que :

  • La phytothérapie traditionnelle à base d’herbes médicinales qui aurait une efficacité supérieure au placebo mais inférieure au traitement médicamenteux (8)
  • L’aromathérapie avec notamment l’huile essentielle de menthe poivrée qui aurait une action antispasmodique sur les fibres musculaires lisses, entraînant un effet analgésique viscéral qui serait aussi efficace que les antispasmodiques chimiques (8)
  • Les probiotiques dans l’hypothèse d‘un déséquilibre de la flore intestinale bactérienne (9)
  • L’hypnose ou la sophrologie associée ou non à la psychothérapie qui agirait sur les facteurs de stress ou d’angoisse (8)
  • L’ostéopathie qui a montré son efficacité dans l’amélioration de la qualité de vie des patients, avec une prise en charge globale mais spécifique à chaque patient (10)

Le SII étant une pathologie multifactorielle, une prise en charge pluridisciplinaire est le meilleur choix pour soulager les symptômes des patients atteints et améliorer leur qualité de vie sur du long terme.

 

Références bibliographiques

 

(1) : DapoignyM, BellangerJ, Bonaz B. Irritable bowel syndrome in France : a common, debilitating and costly disorder. European journal of Gastroenterology Hepatology 2004 ;16 :995-1001

(2) : Hammerle CW, Crowe SE. When to reconsider the diagnosis of irritable bowel syndrome. Gastroenterology Clinics of North America 2011 ;40(2) :291-307

(3) : Whitehead WE, Palsson O, Jones KR. Systematic review of the comorbidity of irritable bowel syndrome with other disorders : what are the causes and implications ? Gastroenterology 2002 ;122 :1140-1156

(4) : JolleyJ. High dose rifaximin treatment alleviates global symptoms of irritable bowel syndrome. Journal of Clinical Experimental Gastroenterology 2010 ;4 :43-48

(5) : 17 Beesley H, Rhodes J, Salmon P. Anger and chilhood sexual abuse are independently associated with irritable bowel syndrome 2010 ;15(2) :389-399

(6) : Christianson JA, BielefeldtK, Altier C, Cenac N, David BM, Gebhart GF, High KW, Kollarik M, Randich A, Undem B, Vergnolle N. Development, plasticity and modulation of visceral afferents. Brain Research Reviews. 2009 ;60(1) :171-186

(7) : Mertz HR. Irritable bowel syndrome. Journal of Medicinal chemistry 2003 ;349 :2136-2146

(8) : Ducrotté P. Irritable bowel syndrome :current treatment options. La presse médicale 2007 ;36 :1619-1926

(9) : Bradesi S, Herman J, Mayer EA. Visceral analgesics : drugs with a great potential in functional disorders ? Current Opinion in Pharmacology 2008 ;8(6) :697-703

(10) : Hundshield HW, Pepels MJ, Engels LG, Loffeld RJ. Treatment of irritable bowel syndrome with osteopathy : results of a randomized controlled pilot study. Journal of Gastroenterology and Hepatology 2007 ;22(9) :1394-1398

 

Author Info
Sandra Gamage

Sandra Gamage

Ostéopathe D.O. exerçant en cabinet à Paris 11 et Paris 8, elle possède également un Diplôme Universitaire en Périnatalité (Paris Diderot) lui permettant de se spécialiser dans ce domaine à part entière. Outre les douleurs du système musculo-squelettique, elle s'intéresse aussi à la sphère crânienne et viscérale des patients pour une prise en charge holistique. Elle a effectué un mémoire sur l' Évaluation de la qualité de vie de patients atteins du syndrome de l'intestin irritable, pris en charge avec des techniques ostéopathiques visant une réequilibration de la fonction de l'axe Cerveau - Intestin.

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